La page mégalo – “Viens, ma puce, on va danser sous la pluie”

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Aujourd’hui encore, j’ai eu peur pour toi.

Quand, tranquillement assise à la terrasse d’un restaurant ce midi, j’ai vu passer une dizaine de militaires armés qui faisaient simplement leur ronde.

Je me suis sentie tellement égoïste de m’exposer au danger au milieu d’une place de Bruxelles. Je me suis dit que si, maintenant, un fou furieux débarquait et tirait dans la foule, tu risquais de me perdre. Et j’ai pensé à l’article que j’avais lu peu avant et à ces enfants qui essayaient de réveiller leur maman décédée lors des attentats de cette nuit à Nice.

Ce matin en lisant les infos, j’ai pensé à notre dernière sortie au centre commercial. Je t’ai revue gambader dans les allées, rire aux éclats devant le carrousel puis passer, comme si de rien n’était, devant les militaires qui protègent le lieu depuis plusieurs mois. Et je me suis rendue compte que, dans ta tête, cela n’a rien d’anormal. Car, au final, tu as toujours connu ça.

Je ne sais pas si je suis ce qu’on appelle, dans les livres d’éducation, une maman hélicoptère ou une maman colibri, et, franchement, je m’en fous. Je serai toujours là, à planer au-dessus de toi pour éviter que tu ne souffres. Et chaque jour, je fais de mon mieux pour ne pas t’étouffer de mon amour et te laisser l’indépendance et la liberté que tu réclames un peu plus à mesure que tu grandis.

Mais, aujourd’hui, je veux continuer mon vol de protection pour t’apprendre à profiter du moment présent. Je veux que tu puisses chérir chaque câlin, chaque fou-rire, chaque chanson, chaque histoire du soir, mais sans pour autant t’angoisser du lendemain.

Je ne sais pas de quoi sera fait demain, ni dans quel monde tu élèveras tes propres enfants, mais n’oublies jamais qu’à 3 ans, la religion ou la couleur de peau de tes copains n’avait aucune importance.

Je veux que tu saches que tout l’amour que je te donne au quotidien, c’est pour que tu le transmettes à ton tour. Que tu saches que la haine ne mène à rien et que ceux qui doivent crier fort pour se faire entendre n’ont souvent rien à dire.

Je suis certaine que tu ne te laisseras pas faire pour autant. Après tout, tu es ma fille et tu as déjà mon caractère tout pourri. Mais rappelle-toi que nous sommes si fiers de t’élever dans une multitude de croyances, entre mon catholicisme, ton Parrain orthodoxe, ton Pépé juif, ta Manou laïque et toutes les autres cultures que tu rencontreras au fil de nos voyages.

Je sais que tu ne vivras jamais dans l’insouciance que j’ai connue jusqu’il y a peu. Que tu vivras avec ces mesures de sécurité, ces fouilles, ces niveaux d’alerte,… Mais je ne veux jamais que tu le vives comme moi, avec angoisse. Je veux qu’au contraire, tu utilises cette ambiance générale comme un atout. Un atout pour apprendre que la vie se joue aujourd’hui. Que chaque instant vaut la peine et que les tracasseries du quotidien ne méritent pas plus que quelques minutes de notre temps.

Je veux que tu transpires de liberté et de joie de vivre. Je veux que tu puisses être complètement barrée quand tu sortiras en soirée et n’en avoir que faire du regard des gens. Je veux que tu n’aies jamais peur d’avouer tes sentiments pour ne jamais regretter de ne pas les avoir dit à temps.

Je veux que tu Vives, avec un grand V!

Aujourd’hui, cela fait un an que ton arrière-grand-père est parti réaliser sa ronde de surveillance dans les étoiles. Il était si fier de s’être battu toute sa vie pour que nous n’ayons jamais peur d’être ce que nous sommes.

Alors, la meilleure façon pour nous de lui rendre hommage sera de faire des grimaces aux passants, de s’émerveiller devant tout et n’importe quoi, de prendre tout comme prétexte pour jouer et pour rire, au 1er, au second ou au millième degré.

Alors, viens ma puce, on va danser sous la pluie.

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