Humeur – Ce quai de gare qui m’éloigne de toi

On y est mon Petit Citron… Ce jour fatidique de la reprise… Après avoir passé 2 semaines quasi H24 avec toi, je reprends la route vers le boulot.

Comme à chaque fois, je me retrouve sur ce quai de gare, à attendre l’arrivée de mon train, et j’ai les yeux embués par les larmes. C’est comme ça depuis que tu es née : chaque séparation est un vrai déchirement pour mon coeur en marshmallow. Et pourtant, j’ai un travail que j’adore, passionnant, enrichissant et j’y suis entourée de personnes formidables.

Ce quai de gare, je le maudis…

Parce qu’il m’éloigne de toi chaque matin.

Chaque jour, tu me déposes ici avec tes grands-parents, je sors de la voiture, je viens te faire un bisou et on se dit : “À ce soir”. Je regarde la voiture partir en te faisant signe de la main. Puis, je me dirige sur le quai.

Les quelques minutes que j’y passe, en attendant l’entrée en gare de mon train, sont comme hors du temps.

Pendant ces quelques minutes, je pense à ta journée à toi. Je me demande si je n’ai rien oublié. J’espère que je t’ai habillé convenablement pour que tu n’aies ni trop chaud, ni trop froid. Je me demande si tu vas rire, pleurer, jouer, apprendre,… J’angoisse un peu de ce qui pourrait t’arriver. J’imagine les pires scénarios qui auraient en réalité moins de 0,001% de probabilité de se réaliser. Je me demande si je t’ai donné assez d’attention la veille, au milieu du tumulte du quotidien. Puis, je pense à notre soirée, nos jeux, à comment tu as encore réussi à nous faire rire en faisant le clown, à la fierté intense qui gonfle mon coeur quand je te vois grandir. Et je souris toute seule.

Pendant ces quelques minutes, je suis encore juste une maman.

Ce quai de gare, il veut dire tellement de choses pourtant…

Déjà, s’il me sépare de toi le matin, c’est aussi lui que je foule en dernier avant de te retrouver le soir.

Et puis, il en a connu des choses ce quai de gare.

Il m’a connu impatiente d’arriver à destination pour foncer à la pharmacie chercher un test de grossesse parce que je venais de me rendre compte que j’avais une semaine de retard de règles.

Il m’a connu euphorique. Parce que la toute première fois que je t’ai senti bouger à l’intérieur de mon bidon, c’était ici, en attendant mon train.

Il m’a vu galérer avec mon gigantesque ventre et mes jambes gonflées par la rétention d’eau.

Finalement, un jour, il m’a vu courir, très vite, pour attraper mon train de justesse. Et il m’a vu revenir à peine quelques heures plus tard car ce petit sprint à 8 mois et demi de grossesse avait déclenché le travail. Tu venais au monde le lendemain matin <3

Ce quai de gare, c’est aussi lui qui m’a vu pleurer toutes les larmes de mon corps le premier jour de la reprise après mon congé de maternité. 

Aujourd’hui, je ne vais pas te mentir, c’est toujours difficile pour moi de te quitter. Mais, depuis tout récemment, tu m’as donné une nouvelle raison de sourire toute seule.

Chaque soir, quand je rentre, tu me demandes : “Maman, on va voir ta gare?” Et on prend quelques instants pour aller en sens inverse de la foule et monter sur le quai, juste comme ça. 

C’est drôle qu’il soit important pour toi ce quai de gare. Je ne t’en avais jamais spécialement parlé auparavant. 

Cet intérêt que tu t’es soudain mise à manifester pour la gare m’a aussi fait comprendre que, chaque soir, c’était une maman épanouie que tu voyais revenir. Epanouie parce que j’ai besoin de ce travail qui me pousse vers le haut pour être la maman que je suis avec toi quand je rentre. Que cette gare était donc une amie pour toi et non une ennemie.

Au final, ce quai de gare, il fait partie de notre histoire.

Ce soir, quand je rentrerai, on recommencera notre petit rituel, on ira y jeter un oeil à deux. Et on bouclera la boucle encore une fois.

 

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